Liège, souvenirs lointains (3)

Notre terrain de jeux, c’étaient les terrils de Sainte-Marguerite, de Sainte-Barbe, de la Batterie. Les mines fermaient et leurs terrils se couvraient de bouleaux et d’accacias. Ils font partie de mon enfance au même titre que la Meuse. La catastrophe de Marcinelle le 8 août 1956 – 262 morts au Bois du Cazier – m’a bouleversé davantage que l’entrée des chars soviétiques à Budapest l’automne suivant.

Les mineurs, je les ai retrouvés quinze ans plus tard : l’anthracosilicose est une mort lente. Ils étaient reliés à leur bonbonne d’oxygène et la médecine ne pouvait pas grand-chose pour les soulager. Polonais, italiens, turcs, ils m’ont appris l’Internationale de la misère. On tait l’injustice des conditions dans lesquelles on les fit vivre et des indemnités dérisoires qu’on leur a concédées pour leurs poumons asphyxiés. Leurs charbonnages s’appelaient l’Espérance, le Hasard, Bonne-Fortune, les Bons Buveurs, les Artistes, des noms qui disaient l’espoir d’un monde meilleur. Ils en parlaient avec nostalgie. On trouve encore, en cherchant bien dans les ruines et les ronces, les dalles qui ont scellé les puits. Un nom, une date, la profondeur.


Quand en 1999 j’ai exposé à Ivoz-Ramet les traces de leur monde disparu, un ouvrier s’est approché de moi pour me dire « vous ferez les mêmes photos dans vingt ans, ici, à Cockerill ». Je n’ai pas voulu le croire. Il avait raison.

Le Gosson, Montegnée
Extrait de « Un monde disparaît », © Luc Mary-Rabine, 1997

Une réflexion sur « Liège, souvenirs lointains (3) »

  1. Ils étaient notre Germinal, miséreux et mourants, mais ils avaient encore la grandeur des travailleurs créateurs du code du travail, du respect des droits bafoués.

    Une succession à relever.

    Verange

Les commentaires sont fermés.