The people united will never be defeated…

Frédéric Rzewski nous a quittés. J’ai aimé ses oeuvres, qui ne se réduisent pas à la plus célèbre (“The people united…”), où je trouvais un écho lointain des Variations de Bach et de Beethoven. Je l’ai photographié pour un projet de portraits des compositeurs contemporains. Ce projet n’a pas abouti, grâce à Kaija Saarihao, qui décommandait tous nos rendez-vous, et j’ai laissé tomber. Il me reste des clichés de Rzewski, d’Henri Pousseur, de Garrett List, de Michel Fourgon, de Philippe Boesmans; des souvenirs et la musique…

Il en va ainsi de la vie. “Elle vivra de projets qui ne feront qu’attendre”, chantait Brel dans son dernier disque. Des projets aboutissent. D’autres se modifient. D’autres encore sont abandonnés. J’avais fait le projet, insensé et irréaliste, le pari fou de lire et relire tous les livres de ma bibliothèque avant le jour où mes yeux ne pourront plus lire, où ma main ne pourra plus écrire, où mon coeur aura cessé de battre…

Cicéron termine son essai sur la vieillesse en observant que la vie est une pièce de théâtre et qu’il importe qu’elle se termine avant d’inspirer ennui et écoeurement. Un demi-siècle plus tard, Auguste (qui n’était pas innocent de la fin de Cicéron), sur son lit de mort, y fait écho. S’adressant à Livie, à Tibère, aux “familiers”, il leur demande : “La pièce vous a-t’elle plu ?”. Je les imagine, les sycophantes, bredouillant un oui contrit. Et Auguste : “Plaudite ! Qu’attendez-vous pour applaudir !”

Frédéric Rzewski, ca 2000, Hasselblad 503 CW, Zeiss Sonnar 4/180, Ilford Delta 400 © Luc Mary-Rabine

2 réflexions sur « The people united will never be defeated… »

  1. Et moi qui ne suis pas musicienne, j’aime les mots, ces mots-là qui entraînent les sons et les rêves des affamés de justice.
    Et je ne veux pas cesser d’entendre mon coeur battre jusqu’à son dernier mouvement, jusque dans la dernière solitude, à l’écho de ce projet, fût-il déposé par la bien-pensance au rayon de la ringardise.

  2. “You play the last octave, you close the music, you leave, life goes on.” F. Rzewski

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