{"id":409,"date":"2025-03-01T15:38:27","date_gmt":"2025-03-01T15:38:27","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.lucmaryrabine.com\/?p=409"},"modified":"2025-03-01T21:30:05","modified_gmt":"2025-03-01T21:30:05","slug":"une-mort-tres-douce-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.lucmaryrabine.com\/?p=409","title":{"rendered":"Une mort tr\u00e8s douce"},"content":{"rendered":"\n<p>J\u2019ai r\u00eav\u00e9 la nuit derni\u00e8re d\u2019\u00c9lendil. Sa robe \u00e9tait d\u2019un gris tr\u00e8s p\u00e2le, presque blanche. Il \u00e9tait \u00e2g\u00e9 et retombait du galop dans un petit trot. Nous traversions une lande. Une route \u00e9tait encombr\u00e9e de voitures immobilis\u00e9es, que nous d\u00e9passions. Nous entrions dans une petite ville. Les rues \u00e9taient encore pav\u00e9es \u00e0 l\u2019ancienne. Il n\u2019y avait pas une \u00e2me.<br>\u00c9lendil, Shams, Mirimir, Mackenzie, Ira, les animaux qui m\u2019ont aim\u00e9 et que j\u2019ai aim\u00e9s bien plus que les humains. Ils peuplent encore mes r\u00eaves.<br>Ira est mort dans mes bras. Depuis plusieurs semaines, il mangeait \u00e0 peine, il maigrissait. Le diagnostic ne faisait aucun doute. La v\u00e9t\u00e9rinaire lui a fait une injection de k\u00e9tamine puis de penthotal. Ce fut tr\u00e8s simple : une mort tr\u00e8s douce\u2026 J\u2019aimerais qu\u2019il en soit de m\u00eame pour moi le moment voulu. Le moment que je choisirai.<br>Freud disait que les chiens aiment sans ambivalence. Mais la r\u00e9ciproque est vraie. Je les ai aim\u00e9s, moi aussi, sans ambivalence et leur mort m\u2019a donn\u00e9 une douleur violente que le temps a engourdie mais n\u2019a jamais apais\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u03b8\u03ac\u03bd\u03b1\u03c4\u03bf\u03c2 \u03b4\u03ad \u03bc\u03bf\u03b9 \u1f10\u03be \u1f01\u03bb\u1f78\u03c2 \u03b1\u1f50\u03c4\u1ff7<br>\u1f00\u03b2\u03bb\u03b7\u03c7\u03c1\u1f78\u03c2 \u03bc\u03ac\u03bb\u03b1 \u03c4\u03bf\u1fd6\u03bf\u03c2 \u1f10\u03bb\u03b5\u03cd\u03c3\u03b5\u03c4\u03b1\u03b9, \u1f45\u03c2 \u03ba\u03ad \u03bc\u03b5 \u03c0\u03ad\u03c6\u03bd\u1fc3<br>\u03b3\u03ae\u03c1\u03b1\u03b9 \u1f55\u03c0\u03bf \u03bb\u03b9\u03c0\u03b1\u03c1\u1ff7 \u1f00\u03c1\u03b7\u03bc\u03ad\u03bd\u03bf\u03bd\u00b7 \u1f00\u03bc\u03c6\u1f76 \u03b4\u1f72 \u03bb\u03b1\u03bf\u1f76<br>\u1f44\u03bb\u03b2\u03b9\u03bf\u03b9 \u1f14\u03c3\u03c3\u03bf\u03bd\u03c4\u03b1\u03b9\u00b7 \u03c4\u1f70 \u03b4\u03ad \u03bc\u03bf\u03b9 \u03c6\u03ac\u03c4\u03bf \u03c0\u03ac\u03bd\u03c4\u03b1 \u03c4\u03b5\u03bb\u03b5\u1fd6\u03c3\u03b8\u03b1\u03b9.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Une mort tr\u00e8s douce me viendra (loin) de la mer<br>et m\u2019emportera accabl\u00e9 d\u2019une vieillesse opulente<br>entour\u00e9 de peuples heureux<br>tel est l\u2019avenir qu\u2019il m\u2019a pr\u00e9dit<br>Hom\u00e8re, Odyss\u00e9e, 23, 280-4.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Une mort tr\u00e8s douce\u2026<br><br>C\u2019est la pr\u00e9diction du devin Tir\u00e9sias dont Ulysse fait part \u00e0 P\u00e9n\u00e9lope avant l\u2019amour. Mais pour que la proph\u00e9tie s\u2019accomplisse, il lui faudra reprendre sa vie d\u2019errance, de ville en ville, jusqu\u2019au jour o\u00f9 il rencontrera l\u2019\u00c9tranger qui prend une rame, l\u2019aile du navire, pour une pelle \u00e0 grain. Alors s\u2019apaiserait le courroux du dieu de la mer.<br>Ulysse revient, Ulysse repart. Calypso, Circ\u00e9, Nausicaa, P\u00e9n\u00e9lope, aucune femme ne l\u2019a retenu. Sa qu\u00eate n\u2019a de fin que dans la mort. Aucune possession ne la satisfait. C\u2019est l\u2019objet a de Lacan.<br>La mort le prendra de la mer ou \u00e0 distance de la mer. Le vers d\u2019Hom\u00e8re permet cette double interpr\u00e9tation et j\u2019aime cette ambigu\u00eft\u00e9, ce flou qui est celui qui nous attend tous et qui porte autant sur l\u2019heure que sur la mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Une mort tr\u00e8s douce\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi le titre du r\u00e9cit de Simone de Beauvoir sur la fin de sa m\u00e8re. J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 ce livre lorsque je le lus \u00e0 sa parution en 1964. J\u2019avais 16 ans et je dus affronter le m\u00e9contentement de mes parents auxquels le couple Sartre-Beauvoir inspirait une vive r\u00e9pugnance. Leur autorit\u00e9 n\u2019avait d\u2019ailleurs de satisfaction que dans la censure de mes lectures.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Fran\u00e7oise de Beauvoir souffre d\u2019un cancer du c\u00f4lon. Le livre relate sa d\u00e9ch\u00e9ance physique, sa souffrance, le d\u00e9ni, la volont\u00e9 de vivre envers et contre tout, et, en miroir, l\u2019effroi de l\u2019\u00e9crivain et, en fin de compte, le nombrilisme de \u201cla Prof\u201d.<br>J\u2019aimais alors la conclusion de Beauvoir : \u201cOn ne meurt pas d\u2019\u00eatre n\u00e9, ni d\u2019avoir v\u00e9cu, ni de vieillesse. On meurt de quelque chose. (\u2026) Il n\u2019y a pas de mort naturelle : rien de ce qui arrive \u00e0 l\u2019homme n\u2019est jamais naturel puisque sa pr\u00e9sence met le monde en question. Tous les hommes sont mortels : mais pour chaque homme sa mort est un accident et, m\u00eame s\u2019il la conna\u00eet et y consent, une violence indue.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p><br>Mais c\u2019est faux, bien entendu, archi-faux. La mort est naturelle. Et plus encore : souhaitable. Elle est le seul rem\u00e8de \u00e0 la vieillesse.<br>Hommes et b\u00eates partagent un sort commun. Le nier n\u2019est que la survivance de l\u2019anthropocentrisme. J\u2019ai longtemps cru que Dieu en \u00e9tait le dernier avatar, que Darwin et Freud lui avaient avaient tordu le cou. Mais non, l\u2019anthropocentrisme se suffit \u00e0 lui-m\u00eame, quitte \u00e0 se noyer en admirant son reflet dans le cours des ans.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/blog.lucmaryrabine.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/20-B0001766-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-410\" srcset=\"https:\/\/blog.lucmaryrabine.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/20-B0001766-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/blog.lucmaryrabine.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/20-B0001766-300x225.jpg 300w, https:\/\/blog.lucmaryrabine.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/20-B0001766-768x576.jpg 768w, https:\/\/blog.lucmaryrabine.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/20-B0001766-1536x1151.jpg 1536w, https:\/\/blog.lucmaryrabine.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/20-B0001766-2048x1535.jpg 2048w, https:\/\/blog.lucmaryrabine.com\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/20-B0001766-1200x900.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 1362px) 62vw, 840px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mulberry B, Gold Beach<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai r\u00eav\u00e9 la nuit derni\u00e8re d\u2019\u00c9lendil. 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