Chemins croisés

Roger Willoughby a mis en ligne les 4 volumes de mes chemins croisés sur le site  historiesofpsychoanalysis.com

Voici le texte de présentation :

These four volumes confront Luc Mary-Rabine’s love of antiquity and psychoanalysis with Freud’s numerous trips to Italy, his endless collection and his passion for literature. The author illustrated some texts, dreams and correspondence with his own photographs and comments, hence the title “Chemins Croisés”, crossing pathways. Volume I starts in Vienna, 19 Berggasse, and follows Freud in his trips to Venice (1895, 1897 & 1898), in his discovery of Florence and Tuscany (1896 & 1897), Verona and Milan (1898), Rome (1901), Naples and Pompei (1902). Those are the crucial years of Freud’s auto-analysis, the discovery of the sexual aetiology of neuroses and the Oedipus complex. He starts collecting antiques and is passionate about archeology. He publishes The Interpretation of Dreams. Psychoanalysis was born.

Volume II starts in Athens and Freud’s experience on the Acropolis (1904), then the Italian lakes (1905), Florence and Rome (1907), Rome and Sicily with Ferenczi (1910), Rome again with Ferenczi (1912), Venice with Anna (1913) and Rome with Minna Bernays (1913). Psychoanalysis is now recognised internationally and deals not only with neuroses but also with art and literature: Jensen’s Gradiva, Leonardo da Vinci’s Anna Metterza, Michelangelo’s Moses. Alas, the decade is interrupted by World War I and I include in this volume my photographs of the war vestiges and Freud’s writings on violence and death.

Volume III focuses on the last trip to Rome (1923). It is the longest: three weeks with his Antigone and we follow Freud and Anna day by day, step by step, in Rome and Tivoli. Upon his return to Vienna he is operated by Professor Pichler for a palate cancer. We then follow Freud in his love of dogs, in his collection of antiques, especially in Oedipus’ figures, and the use of archeology in the psychoanalytic theories.

Volume IV is different from the previous books and deals with the author’s and Freud’s attitude towards age, illness, books, photography and Judaism. It focuses especially on the significance of traces and on the role of photography in Freud’s life and metaphors. Then we follow Freud in his last trip, not to Rome, but to London and the final journey.

Traces

Une exposition des photographies que j’ai prises dans les bâtiments et dans les ruines des camps nazis est organisée par la collaboration du War Heritage Institute de Bruxelles et du Centre d’Action Laïque de Namur.

Voici le texte qui résume ma démarche et qui y sera lu à ma demande.

« La trace est au coeur de mon oeuvre de photographe. Traces des camps, objet de cette exposition, mais aussi traces des anciens charbonnages de ma ville natale, traces des deux guerres mondiales, ou encore les ruines de l’Antiquité où mes chemins ont croisé ceux de Freud, car il arrive qu’un chercheur de traces croise celles d’un autre chercheur de traces… Pendant une dizaine d’années, je suis allé de camp en camp, de ghetto en ghetto, de cimetière en cimetière, photographiant miradors, barbelés, tables de dissection, crématoires, chambres à gaz, et quand il ne reste rien, les voies ferrées et l’emplacement de fosses communes où la terre rejette encore aujourd’hui des fragments d’os.

D’exposition en exposition, mes photographies ont été présentées comme un travail de mémoire. L’œuvre échappe à son créateur car ce n’était pas mon intention. Les camps ont été ma scène primitive et je n’avais nul travail à accomplir. Dès l’enfance j’avais découvert les images prises par les Allemands à Auschwitz et à Varsovie et par les Alliés, au printemps 45, à Bergen-Belsen, Dachau, Buchenwald, Ohdruf, Tekla, Vobelin. Il me suffit de fermer les yeux, de convoquer les photographies de Lee Miller, de George Rodger, d’Éric Schwab, pour voir, présentes en moi, les images des malheureux sur la rampe de Birkenau et celles des charniers, des fosses communes, des cadavres à la nudité obscène et pitoyable, des morts-vivants qu’on appelait alors les musulmans. Ce n’était pas un travail de mémoire, c’était un travail de deuil. Je voulais éprouver physiquement le vide, entendre les échos du silence, ce silence « bruyant du cri innombrable », et traduire mon deuil dans le mode d’expression qui est le mien.

Le mot vestige vient du latin vestigium. Vestigium c’est l’empreinte des pas, la trace du pied ou du fer d’un cheval. C’est aussi la piste du gibier que traque le chasseur. Ma piste, celle que depuis 50 ans, j’interroge avec pour arme un Leica, un Nikon, un Hasselblad, c’est le rapport qu’entretiennent traces et absence. C’est sur cette ligne fragile que je m’avance, jusqu’au jour où mes photographies seront à leur tour les traces de mon absence.”

Memory of the ghetto, Vilna