Z

Durant mon adolescence, Z ce fut le film que Costa-Gavras réalisa d’après le roman de V. Vassilikos. Ce fut aussi Z comme Zorba, le film de Cacoyannis, tiré du roman de Kazantzakis, le sirtaki, la beauté éblouissante d’Irène Papas, qui semblait justifier le concept fallacieux du kalos kagathos.

Je n’imaginais pas alors qu’on pourrait un jour briguer la présidence de la République et justifier Pétain, bafouer les Droits de l’Homme, se revendiquer de Barrès et affirmer la haine de l’Autre.

Talleyrand avait-il raison de dire que tout ce qui est excessif est insignifiant ? L’Histoire semble dire le contraire, hélas. Les bouffons sont souvent les pires dictateurs, les plus sanglants et les plus pernicieux.

Le danger qui nous menace n’est point cependant dans l’élection d’un bouffon mais dans la banalisation des idées nauséabondes qu’il soutient et qu’une certaine presse reprend quotidiennement et amplifie. Elles gagnent insidieusement d’autres partis. Il ne suffit plus de hausser les épaules et de pincer le nez.

Voici deux millénaires, Cicéron écrivit dans sa retraite d’Arpinium un joli traité vantant les plaisirs de la retraite. Mais quand la République lui sembla menacée, il oublia ses belles recommandations et délivra contre Antoine ses plus beaux discours. Il y laissa sa vie mais non son honneur.

Z aujourd’hui, ce n’est plus que le kakistos.

De guerre en guerre, 2007, © Luc Mary-Rabine

Une réflexion sur « Z »

  1. Pour mes lecteurs dont le grec est lointain et qui m’interrogent, kakistos est le superlatif de kakos, mauvais, laid, sordide, méchant. Kakoi logoi, ce sont des paroles malveillantes (Sophocle, Antigone, 259). La forme superlative est fréquemment rencontrée chez Homère et Sophocle.

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