La cérémonie des adieux

Pour entrer dans Rome, il n’est point de voie plus évocatrice que la Via Appia Antiqua. On y voit encore çà et là les tombeaux que s’y faisaient ériger les familles patriciennes fortunées. Quand le bûcher de l’incinération était consumé, le cortège, avant de se disperser, lançait au mort un ultime adieu : “Salve, vale, ave”.
Mais le rapport des vivants et des morts ne prenait pas fin. Le masque de cire moulé sur le visage du défunt rejoignait dans l’atrium de la demeure ceux de tous les ancêtres. Ce sont les imagines, saisies dans leur réalisme, que l’on exhibait lors des funérailles.
L’image a d’abord été l’ombre d’un mort.


Vestigium : la plante du pied.
Puis, de là, l’empreinte que laisse le pied, la trace des pas. Celle que piste le chasseur ou l’éclaireur des légions dans les forêts de Gaule ou de Germanie. Puis encore, l’empreinte du corps, les ruines d’une ville, les traces du crime, un point de l’espace et du temps.


Le chercheur de traces traque une présence insaisissable. Il n’en reste que des vestiges.
La photographie est la marque de l’absence : une image.

La cérémonie des adieux : Rome © L. Mary-Rabine https://www.blurb.fr/bookstore/invited/9497280/5c9a4f2bd6c132d082e882bee09b540c181806f2

3 réflexions sur « La cérémonie des adieux »

  1. Sublime Luc,
    Moi qui suis si sensible aux traces, celles-ci affleurent paisiblement, ouverture silencieuse à tant d’histoires….

  2. Peut-être n’est-il pas souhaitable de laisser des fantômes hanter le monde des vivants. Une cérémonie des adieux véritablement réussie ne serait-elle pas celle qui permettrait à toute trace de disparaître complètement, la pellicule vierge reprenant ses droits, à l’image de la page blanche, et les mains du photographe leur pouvoir de création toujours recommencée.

    1. “Un jour, les dieux se retirent”, écrit Jean-Luc Nancy. De leur divinité, c’est à dire de leur présence.

      Il poursuit : “Ce qui reste de leur présence, c’est ce qui reste de toute présence lorsqu’elle s’est absentée : il reste ce qu’on peut en dire. Ce qu’on peut en dire est ce qui reste lorsqu’on ne peut plus s’adresser à elle.”

      Ce qui reste, c’est leur langue dans notre langue, leur droit dans notre droit, leur majesté dans nos édifices, à Londres, à Paris, à Washington.

      Ce qui reste, c’est ce que je photographie dans les ruines de leurs palais, de leurs temples, de leurs thermes.

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