La métaphore du vécu

Il y a des jours de grâce, tes cavaliers voltigent, semant la panique dans le camp adverse, tes fous sont en fianchetto, ta Reine fait un carnage, c’est Zama, Pharsale, Arcole, Austerlitz, c’est limpide comme un concerto de Bach joué par Oystrakh…
Et puis il y a des jours où tu es dans le brouillard, c’est les tranchées, tu ne vois rien, tu t’empêtres dans tes propres pièces, c’est interminable et tu t’estimes heureux de viser la nullité.
Au fond, il en va de même dans tous les arts. Il est des tableaux qui naissent miraculeusement sous tes doigts et d’autres que tu n’achèves jamais. Il est des romans qui s’écrivent d’un jet, sans ratures, dans l’allégresse, et d’autres où tu patauges comme dans un marécage.
Et plus encore il en est ainsi de nos amours. Il est des passions qui t’emportent et t’illuminent et puis il est des relations pesantes et ennuyeuses comme un jour de pluie dont tu ne sais comment te dépêtrer.
Oui, les échecs sont bien une métaphore de la vie…

Extrait de Chess.

https://www.blurb.fr/b/9770232-chess